04, 05, 06, 13, 83, 84 11/11/2022
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Économie

L'an dernier, une campagne déjà mitigée

Alors que les marchés aux truffes officiels vont ouvrir d'ici la fin novembre, les trufficulteurs espèrent ne pas vivre une nouvelle campagne comme les deux dernières. Pourtant, le climat estival qui a marqué cette année 2022 ne devrait pas leur laisser beaucoup de répit.

L'an dernier, plusieurs vagues de froid ont impacté la qualité des truffes de la région.

© Crédit photo : Pierre Marilly

Après une campagne 2020-2021 particulièrement impactée par la crise sanitaire du Covid-19, la campagne 2021-2022 a finalement été en deçà des attentes des producteurs. En effet, bien que l'offre ait été en quantité modérée et la qualité des truffes au rendez-vous, les prix sont restés relativement limités sur les principaux marchés professionnels du Sud-Est lors de la dernière campagne, avec des cours inférieurs aux cinq dernières années - 2021 faisant exception - ainsi qu'à la moyenne quinquennale, note le Réseau des nouvelles des marchés (RNM) dans son dernier bilan de campagne de la Tuber melanosporum. Pourtant loin d'être décevante, l'activité sur certaines places de marchés traditionnels n'atteint cependant pas la hauteur des espérances. D'autant plus que les producteurs constatent qu'une partie du volume de production leur échappe progressivement, en raison de l'évolution des canaux de distribution.

Les marchés traditionnels à la peine

Dans le détail durant la saison 2021-2022, une hausse des cours est constatée sur le marché de Carpentras (+12 %) par rapport à la précédente campagne et celui de Richerenches (+41 %) dans le Vaucluse. Cependant, malgré une bonne qualité des truffes et une offre en quantité moyenne par rapport à certaines années, les prix restent relativement peu élevés tout au long de la campagne : le cours moyen sur le marché de Carpentras est inférieur de 17 % à sa moyenne quinquennale olympique, et ceux de Richerenches et de Lalbenque (Lot) de 20 %. L'an dernier, la campagne a débuté entre le 15 et le 21 novembre, avec un volume de truffes normal. En décembre, la mise à disposition de nouveaux volumes se poursuit, et la plupart des places de marchés (Carpentras, Richerenches, Uzès, Jarnac, Sarlat) atteignent ainsi leur volume maximal de la campagne au cours de la semaine 50. Mais en décembre, malgré les fêtes, la demande est fébrile. En janvier, cette demande est encore ralentie par le froid et la concurrence des autres marchés et bassins de production, dont celui ibérique, maintenant ainsi une pression sur les cours. Le prix moyen sur le marché de Carpentras est inférieur d'environ 40 % à la moyenne quinquennale en janvier. En février, les cours s'homogénéisent entre de 400 à 500 € HT/kg sur les marchés professionnels du Sud-Est. La campagne, écourtée par rapport aux années précédentes (2021 faisant exception), prend fin au cours de la dernière semaine de février. Au-delà de cette conjoncture économique, les professionnels constatent aussi que, depuis quelques années, les canaux de distribution des truffes évoluent. Les circuits courts - marchés de détail, ventes par internet, apports directs aux courtiers et négociants - se développent au détriment des marchés traditionnels, qui voient ainsi une partie de la production leur échapper. Certaines places semblent délaissées avec une activité réduite par rapport aux années passées. "Quelques cotations sur le marché de Carpentras n'ont pu avoir lieu faute de produits, d'acheteurset/ou de vendeurs" souligne d'ailleurs le RNM.  

Source : RNM •
83 11/11/2022
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Pierre Macotta

Le diamant noir, une passion qui se cultive dans le Haut-Var

Passionné de truffe depuis l'enfance, Pierre Macotta s'est lancé il y a peu dans la restructuration d'anciennes truffières, à Baudinard-sur-Verdon. Un chantier de longue haleine qu'il mène avec énergie et conviction.

Truffière Pierre Macotta Baudinard (avec Lala)

© Crédit photo : GL

Si la truffe le passionne depuis toujours, Pierre Macotta est avant tout oléiculteur. Il cultive 7,5 hectares d'oliveraies en fermage sur le secteur de Varages. Sa production est destinée à la fabrication d'huile d'olive vendue en direct sur les marchés de Régusse et Garéoult, ainsi que sur le marché de producteurs de pays des Salles-sur-Verdon, l'été. "L'oléiculture est mon activité principale. Je fais aussi de la taille. Je ne me suis mis à la trufficulture que récemment, dans le cadre de la diversification agricole. Mais je suis passionné depuis bien longtemps : je vais aux truffes depuis que je suis tout gamin !", raconte l'agriculteur.

Entre rénovation et replantation

Voilà maintenant trois ans, il a entrepris de relancer la production de Tuber melanosporum, truffe noire de son nom vernaculaire, sur 2,5 ha d'anciennes truffières à Baudinard. Plantées de différents chênes, les surfaces qu'il a repris en fermage n'étaient plus exploitées depuis plusieurs années. Il a donc fallu commencer par nettoyer les parcelles, puis travailler le sol en veillant à préserver l'écosystème. Notamment les lavandes déjà présentes. "Grâce au système racinaire et à la couverture du sol, certaines plantes comme la lavande ou le thym ici, d'autres ailleurs, permettent de maintenir une certaine humidité et le champignon va se développer plus facilement", explique Pierre Macotta.

S'en est suivie une importante phase de taille de remise en production. "On essaie de tenir les arbres pas trop haut, pour qu'il y est toujours de la lumière au sol. Car, si le milieu se referme trop, la truffière périclite", éclaire le trufficulteur. Une partie des bois de taille a été broyée sur place, et une autre brûlée. "On ne peut pas laisser tout le bois sur la truffière, car un excès de matière nuit au champignon", explique-t-il encore.

En parallèle, l'agriculteur a investi dans la plantation de jeunes arbres, dans l'intervalle des plus anciens. Il a privilégié des essences locales de chênes vert et blanc, et a planté des sujets âgés d'un ou deux ans de sorte à favoriser leur implantation au terroir. "On est ici sur un sol argilo-calcaire qui ressemble à celui du plateau de Valensole, un peu plus haut. C'est très important, car la truffe ne se développe pas sans calcaire actif dans le sol", indique Pierre. Quelque 200 arbres ont ainsi été replantés. Au pied de chacun, un paillis en fibre de coco permet d'éviter la concurrence des adventices et de garder l'humidité.

Ensemencement, piégeage et irrigation pour favoriser la production

À partir de la deuxième année, Pierre s'attache à favoriser la production de truffes, en pratiquant le piégeage et l'ensemencement. "La truffe est un champignon qui vit en symbiose avec l'arbre. À l'époque, les anciens gardaient les vilaines truffes pour réensemencer. Aujourd'hui, on a des mélanges de spores et de vermiculite pour le faire. Le piégeage consiste à mettre ce mélange dans des trous, creusés manuellement à la tarière au niveau des racines des arbres, avec un terreau stérile. Cela favorise la symbiose. Ensuite, on apporte une mixture avec du sucre, pour nourrir l'arbre et le champignon", développe-t-il.

Le producteur a aussi installé un système d'irrigation par micro- aspersion, avec une bâche tampon, alimentée par un forage. L'eau est à ses yeux un élément clé de l'avenir de la trufficulture. "La plantation se fait soit à l'automne, vers la Sainte-Catherine, soit au printemps, pour profiter de pluies qui se font de plus en rares. Les arbres ont pourtant besoin d'eau. La truffe a aussi besoin d'eau pour se développer, mais elle n'aime pas particulièrement ça : il lui faut un sol drainant. C'est notamment pour ça qu'on fait un griffage régulièrement. Mais, sans irrigation aujourd'hui, ce n'est quasiment plus possible de produire de la truffe en Provence. On voit d'ailleurs que le champignon migre vers le nord. Dans le milieu sauvage, on est bien loin des centaines de kilos de truffes qui se ramassaient il y a cinquante ans. Avec le changement climatique, les truffières naturelles disparaissent. Par le passé, les anciens disaient qu'ils y avaient une mauvaise année sur dix. Maintenant, c'est une bonne sur dix", défend le trufficulteur.

Un revenu complémentaire attendu

S'il faut attendre huit à douze ans pour que les jeunes arbres entrent en production, les investissements engagés sur les plus vieux commencent doucement à porter leurs fruits. Avec ses chiennes, Lol et Lala, patiemment dressées au cavage, Pierre a pu ramasser quelques truffes l'an dernier. Au pied de certains chênes, le phénomène de brûlé semble de bon augure.

Alors que les mauvaises années se succèdent, la diversification est, pour Pierre, la perspective d'un revenu complémentaire devenu nécessaire. "Ça devient très compliqué en oléiculture. Cette année, je vais faire 85 % de récolte en moins. On travaille douze heures par jour pour pas grand-chose", souligne-t-il.

En attendant de tirer bénéfice des investissements auxquels il a consenti, c'est sa passion dévorante pour la truffe qui fait office de moteur. Il entend poursuivre énergiquement le vaste chantier de restructuration entamé il y a trois ans, et a déjà programmé de planter encore quelques arbres, au printemps qui vient. 

Gabrielle Lantes •
13 11/11/2022
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Rognes

Truffe noire, la passion dévorante de Guy Coueste

Guy Coueste a attrapé le "virus" de la truffe quand il était enfant. À 76 ans, ce trufficulteur amateur de Rognes reste toujours autant fasciné par les mystères de Tuber melanosporum.

Guy Coueste truffières rognes

© Crédit photo : JD

Malgré les années et une culture encyclopédique sur tous les aspects de la truffe, de ses conditions de développement à la façon de la cuisiner, Guy Coueste reconnaît son impuissance : "Il me faudrait encore 100 ans pour en percer tous les mystères". À commencer par la principale énigme, celle qui titille tous les trufficulteurs : pourquoi le champignon se développe (ou pas), alors même que toutes les conditions de réussite sont réunies ?

Guy Coueste l'avoue bien volontiers, cette incertitude constitue une grande part de la passion qui l'anime depuis son plus jeune âge. Sur le papier, tout est pourtant simple et a été analysé, démontré scientifiquement : le précieux champignon se développe sous terre, entre 5 et 30 cm de profondeur, à proximité de certaines essences d'arbres "hôtes" - chêne, noisetier, pin, tilleul... - avec lesquels il est en symbiose. "Et pourtant, on n'est pas plus avancé !" s'amuse le septuagénaire, qui a débuté son activité de rabassier alors qu'il était encore enfant. "Je courais derrière mon père, qui raffolait des truffes. Nous traquions les truffières spontanées, autour de la propriété de mes grands-parents. La méthode était un peu empirique à l'époque : nous localisions les"brûlés"autour des chênes, avant d'observer si des mouches de la truffe s'envolaient, puis de gratter dans l'espoir d'en déterrer."

Ce goût pour la truffe se poursuit durant les années qui suivent : après des études de mécanique, il gère un commerce d'alimentation qu'il revend, pressentant que la grande distribution va s'imposer au détriment des magasins de proximité, avant d'entrer à La Poste, où il réalise le reste de sa carrière professionnelle. "J'aurais voulu être paysan, comme mes grands-parents. Mais ils vivaient difficilement de leurs cultures - maraîchage, arboriculture, céréales... et un peu d'élevage - à l'époque. À 12 ans, j'allais les aider, pour ramasser l'ail et les amandes, les pommes de terre ou les tomates. Ce sont des souvenirs inoubliables, quand on est enfant..."

La taille des arbres, tout un art

À la retraite, lorsqu'il hérite de terrains de ses parents, il se décide à réaliser son rêve d'enfant. "En 1990, j'ai réalisé une première plantation, sur un hectare, avec des chênes truffiers dont les racines nues étaient saupoudrées d'inoculum" (une poudre contenant des spores de truffes prêtes à germer, ndlr). Avec le recul, je me rends compte que j'aurais eu plus de résultats avec des glands...", sourit Guy Coueste. Onze ans plus tard, il renouvelle l'essai, avec des plants de meilleure qualité, achetés cette fois à la Pépinière Moine, de Cabrières-d'Avignon, une référence"connue et reconnue"dans le milieu de la trufficulture. Deux ans après, il découvre une truffe sous l'un de ses jeunes arbres : "C'était proprement miraculeux ! Il faut en théorie quatre ans d'attente minimum pour que cela arrive", se souvient avec émerveillement le trufficulteur amateur". Cela fait partie des mystères de la culture de la truffe... Alors que sur d'autres plants où vous aurez tout mis en œuvre, rien ne pousse", note avec philosophie Guy Coueste.

Celui-ci a organisé sa plantation, constituée de 370 arbres (des chênes pour l'essentiel), de manière la plus rationnelle possible avec des espacements de 8 mètres par 5 mètres. Ces derniers sont par ailleurs taillés dans les règles de l'art : "L'objectif est d'arriver à un bon compromis, entre les apports de luminosité et d'ombrage. On empêche par exemple l'arbre de trop se développer en hauteur, en intervenant sur le houppier. On favorise en revanche les branches de gainage et celles du pied, qui créeront une zone d'ombre... L'enjeu est, in fine, de favoriser la production de radicelles sur lesquelles vont se développer les mycorhizes", explique avec passion le septuagénaire.

Depuis quelques années, sa technique a évolué vers une taille en bonsaï, pour les plus jeunes plants. "Je réalise des essais au fil du temps. J'ai replanté des noisetiers et des charmes. Est-ce qu'ils produiront davantage que les chênes verts ou les chênes pubescents ? C'est la grande question. J'essaie de maximiser mes chances de récolter des truffes, en créant les conditions les plus favorables. Mais c'est la nature qui décide...", ajoute-t-il avec fatalisme.

Des investissements importants

Le sol est lui aussi travaillé, avec un passage de disques pour aérer la terre, au printemps, avant un ensemencement constitué d'un mélange de terreau vermiculite, de perlite et de spores : "On augmente ainsi la probabilité de récolter des truffes en fin d'année". Depuis quelques années, Guy Coueste a également installé un système de micro-aspersion, via un raccordement au Canal de Provence. "Sans irrigation, ce n'était même pas la peine de continuer, avec les étés caniculaires qu'on a connus ces dernières années". Il a également clôturé sa plantation, afin de la préserver de la prédation des sangliers.

Beaucoup d'efforts financiers, comme il le reconnaît volontiers, pour des résultats... mitigés : "J'ai récolté certaines belles années plus de dix kilos de truffes. Ces derniers temps, je m'estime heureux quand je totalise un kilo. "Pas de quoi pour autant le décourager : "La truffe, c'est une passion dévorante", sourit-il. Une passion qu'il aime transmettre aux jeunes générations, au sein de l'Association des trufficulteurs des Bouches-du-Rhône, avec l'espoir de susciter des vocations : "Mon ambition est qu'ils reprennent le flambeau et que la magie qui ne m'a pas quitté opère sur eux aussi". Le'Grand marché truffes et gastronomie', organisé par l'Association Trufficulture 13, qui se déroulera à Rognes le dimanche 18 décembre, de 9 heures à 17 h, sera l'occasion de le vérifier. 

Julien Dukmedjian •

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